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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 22:23

Je l’ai toujours connue. Elle était là bien avant moi, à l’époque (que je n’ai pas connue) où il n’y avait pas l’eau courante dans la maison de mes Grands-Parents.

Posés dessus : un broc et une bassine en fer émaillé.

Elle fait partie du décor de mon enfance.

D’où venait-elle ? Fabriquée sur place, j’imagine. Pas de bois précieux, quelques planches de pin à qui la main de quelqu’un (un ancêtre ?) avait donné cette forme.

Sur place, on faisait avec ce qu’il y avait : peu.

Elle avait été peinte, avec de la peinture à bateau grise, pour la première couche au moins (toujours, ce qui se trouvait sur place).

Les autres couches ? Un vert pâle très années 50, sans doute pour lui donner une touche moderne, à l’époque.

Puis du blanc.

Quand, par qui ? La main de mon Grand-Père ? De ma Grand-Mère ? De ma Mère peut-être pour la dernière couche ?

Je me souviens de ce dernier voyage avec Maman, avant qu’elle ne se voit privée de ce qui lui revenait de droit, de ce qui, bien plus encore que pour moi, était la base de sa vie, de son enfance.

Première terre de France où elle posa le pied à l’âge de 4 ans. Trahie et dépossédée.

Ce voyage pour rassembler quelques souvenirs, pour dire adieu à toute sa vie.

Parties dans la nuit et le brouillard, un voyage triste… Après, les suivants ne furent que pèlerinages.

C’est au cours de ce voyage, une dernière fois dans cette maison, qu’en voyant la petite table de toilette, je me suis dit qu’on ne pouvait pas la laisser là, pour qu’elle finisse au feu, ou, en morceaux.

Aucune valeur marchande, pas de bois précieux et une facture simple, voire rudimentaire qui n’était pas signée d’un grand artisan reconnu…

J’avais décidé de la prendre avec moi, puisqu’en dehors de nous, personne ne tenait à ses racines.

Je voulais lui donner une seconde vie, j’étais sûre de lui trouver sa place quelque part.

Un bon rafraîchissement, ponçage et une nouvelle peinture pour que le lien persiste à travers ce petit meuble, une transmission, un héritage, un petit morceau de mémoire.

 

Puis, Maman est partie. Comme un arbre à qui on a coupé les racines.

PTDT 1Comme une enragée j’ai commencé le travail, pour passer ma colère, ma haine, ma douleur, ma peine, de toutes mes forces, comme une obsession, pour ne pas penser, pour oublier, pour tenir la promesse que je m’étais faite, pour Maman.

PTDT 2La tâche était rude, les premières couches ne m’ont pas résisté, mais la dernière, la plus ancienne semblait inattaquable… Malgré le décapant et les assauts du papier de verre, rien à faire. Epuisée, je me suis arrêtée, mon travail inachevé, vaincue.

 

 

Trois ans plus tard, elle était toujours dans un coin de mon garage et… de ma tête.

Un jour, une idée m’est venue : j’avais trouvé la place à lui donner.

Même si je l’avais partiellement « entamée », la dernière couche me résistait encore et je ne voulais pas abimer le bois. Je décidai alors de confier ce travail à un professionnel. 15 jours plus tard, je récupérais ma table, le bois mis entièrement à nu.

Avant toute chose, il fallait poncer.

Je n’y connais rien. J’ai pris du papier de verre grain moyen et grain fin. Quelques essais et en observant les résultats sur le bois, j’avais choisi ma technique : ponçage en rond avec le grain moyen, puis, dans le sens du bois avec le grain fin… Papier replié pour les rainures.

Ce travail de ponçage à la main que je redoutais un peu s’est avéré un moment très agréable, une détente. J’avais déjà entendu dire que le travail du bois était quelque chose de fort. La main qui travaille et caresse cette matière vivante communique en quelque sorte avec ce bois…

Elle était là, ne semblant pas vraiment y croire. Oubliée, objet humble d’un autre temps, à qui, à quoi pouvait-elle bien être utile ?

J’ai commencé par la surface du dessus, la plus « apparente » comme pour lui dire : « regarde ce qu’on peut faire ensemble », « regarde, si j’y mets tout mon cœur comme tu es jolie ».

Le premier ponçage (en rond, avec le grain moyen), était comme un « débroussaillage ».

Elle semblait réagir comme un chien qui apprécie qu’on lui brosse ses poils emmêlés.

Le deuxième passage au gain fin, comme le lissage d’un cheveu, semblait la rendre finalement impatiente. Je n’étais plus seule à envisager son avenir, elle aussi désormais semblait, non pas encore se projeter, mais au moins commencer à apprécier d’être là et même attendre la suite.

Le travail de ponçage terminé, je voulais conserver son aspect brut, authentique, « primal ».

J’ai fait des tests avec les produits conseillés en magasin… Le résultat d’une huile pour rendre la surface du bois étanche tout en la rendant imperméable ne me satisfaisait pas : l’huile donnait malgré tout un aspect « ciré » que je ne voulais pas.

J’en suis donc revenu à mon idée première : le « Fond Dur », le seul produit que je connaisse qui garde au bois son aspect. Comme il bouche les pores du bois et plusieurs couches le protègent ainsi de l’eau.

PTDT 3La suite : une vasque dont la forme rappelle celle des bassines d’autrefois.

Evidemment, nécessité oblige, un siphon apparent et un robinet haut, chromés et modernes.

 

 

 

 

 

 

PTDT 4La petite table de toilette retrouve sa destination originelle et devient le lien avec ceux que j’aime et qui me manquent, un lien quotidien… Elle matérialise mes souvenirs.

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commentaires

Corine Caporlan 26/07/2014 03:52





 

passion 23/07/2014 09:49


juste là, il est écrit..." Laissez vos p'tits messages"


Alors j'en laisse un pour dire que je découvre ce blog en passant voir chez nina-lou, et cette petite table de toilette m'emmène à des années lointaines chez ma grand mère aussi, au milieu des
jolis flacons bleu-nuit du "soir de Paris" ou de la violette... quelle émotion transmise au travers de tes mots... quelle colère aussi je crois entendre...


Pour moi, un blog n'est pas seulement créer au moment où on perd l'équilibre.... c'est une façon de se parler à soi même ... de se mieux connaitre, se comprendre...de se libérer aussi 
je reviendrai, si tu le permets, connaitre davantage ces textes construits de jolis mots et de belles émotions ...
J'aime aussi les commentaires de Corine...


en souhaitant peut-être un prochain retour dans le cercle des blogueuses de coeur 

Corine 10/07/2014 01:58


Bonsoir Loli, Ca se sent "un peu" que c'est une mise au point personnelle.... 


Pour le blog je te comprends. je te comprends puisque je n'en ai plus du tout de public. Je m'attendais à ta réponse, mais espérais que tu changeais un peu de cap pour trouver une moyenne et
faire paraître de temps en temps des pages nouvelles. J'espère que ce que je ne fais pas sera fait par les autres !


 


Comprendre ne m'empêche pas de regretter la communauté en soi de 2009 - 2012 et nos rires, nos découvertes, nos interprétations chez les unes et les autres. Que des vies aient trouvé une
organisation qui les satisfassent, on ne peut que s'en réjouir, où elles se trouvent mieux, en équilibre, mais c'est vrai qu'on regrette toujours (enfin moi en tout cas) le copinage. 


 


Rien ne me fera oublier ces très bons moments et tu restes toujours la même Loli. Je serai fidèle à chacun de tes billets, de tes photos publiés, ça ne me donne aucun mal bien au contraire, c'est
avec tellement de plaisir.


Gros bisous.  


 


Coco 

Corine 09/07/2014 01:47


Bonsoir Notre Loli !


Je suis venue 3 fois après avoir eu l'avis de ton billet ! Eberluée ! LOLI ! Ouuuuui !


Loli qui fait un papier, qui nous revient ! Evidemment, il était tard mais je me suis rendue aussitôt chez toi.  


J'ai lu le sujet, ai commencé à déglutir, j'ai longé le texte comme ton histoire, si touchante. Tes émotions, l'Origine, l'objet, votre lien à ta Maman et à toi méritaient de revenir jusqu'à
imaginer complètement, mais étape par étape, en reprenant le couers dont je me souvenais et en apprenant. 


Ce que j'ai fait. Je ne sais pas si je vais retenir tes conseils techniques mais évidemment, chaque phase de transition m'a émue. La révolte, la certitude, l'apaisement. la confiance, le dernier
mot que tu as eu.


 


2014, il est là, enfin à la place que toi seule pouvait lui donner. Il n'y a jamais rien de plus beau que ce que l'on fait par amour et rien que pour cela, il serait magnifique. 


Sans vouloir en rajouter, je le regarde : son tout est une merveille, un symbole, une réussite, des victoires. 


Ca force le respect aussi. 


Je suis si heureuse, j'imagine le moment où tu l'as posé à sa place et as su que ça y était, c'était terminé pour un présent coulé dans le vôtre. 


Je te fais de très gros bisous. Merci de cette très belle page. 


Corine


Ps : si tu pouvais revenir bien sûr ce serait l'idéal.... Mais je n'ai pas le droit de demander. 


 


 


 

loli 09/07/2014 12:11



Bonjour Coco ! Ravie d'échanger avec toi !


J'ai publié ce texte car c'était prévu depuis longtemps. Je le publiais pour moi surtout parceque, vue mon activité ici, je pensais que personne ne le verrait.


je suis touchée qu'il te plaise.


En fait, je l'ai écrit il y a un bon moment maintenant, une nuit d'insomnie,quand j'en étais à l'époque "fusionnelle" du dernier ponçage...


Revenir, je ne sais pas... Mon organisation de vie devrait un peu changer, peut-être aurai-je plus de temps. Mais il fudrait aussi que j'aie besoin d'exprimer.


Peut-être suis-je un peu apaisée, par rapport à l'époque où j'avais ouvert ce blog.


En tous cas, l'idée de pouvoir y revenir n'est pas hors sujet...


Je quitte la terre ferme samedi prochain pour rejoindre mon "caillou", retour aux sources, pélérinage..


J'espère que tout se passe bien pour toi et que tu prends aussi des vacances (méritées, je le sais).


Plein de bisous.


loli



tilk 05/07/2014 10:08


me ha gustado muchisimo tu historia....


y estoy muy contento de verte en los blog


muchos besos


tilk

loli 06/07/2014 19:09



Muchisimas gracias Tilk. Sé que estoy ausente... pero tantos recuerdos buenos aqui...


Besos a ti tambien.


loli



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